Le congrès de rééducation vestibulaire organisé par la SFFRV se tiendra les 3 et 4 avril 2026 à Grenoble. Le thème de cette année sera :
"Rééducation vestibulaire : Cap sur l'Avenir".
Cet évènement réunira plus de 300 professionnels autour des dernières avancées et pratiques en rééducation vestibulaire.

Des orateurs de renommée internationale partageront leur expertise.


Pour permettre une participation élargie, nous proposerons à nos collègues des DOM-TOM de pouvoir nous suivre en visio-conférence. Si cette année nous dépassions les 400 inscrit.es en présentiel, nous ouvrirons alors aux autres participants. 


Les Montagnes vous accueillent à Grenoble  ! 

Miséré Thierry et Dideron Benjamin

Responsables du Comité d’Organisation 

Programme scientifique 

du congrès SFFRV 2026

ABSTRACTS

Pr. Nicolas PINSAULT: "Avenir de la kinésithérapie vestibulaire" 

L’avenir de la rééducation vestibulaire se joue en tenant compte de l’évolution de la kinésithérapie dans son ensemble. Cet exercice particulier se situe au croisement de savoirs biomédicaux robustes, de raisonnement clinique sous incertitude, de coopération interprofessionnelle structurante , et d'enjeux majeurs de santé publique. Après un bref détour historique, la présentation abordera les composantes identitaires du kinésithérapeute puis les dynamiques actuelles qui dessinent la profession : universitarisation, production de connaissances, formalisation des compétences, spécificités, pratiques avancées et spécialités, mais aussi risques de fragmentation, d’inégalités d’accès et de concurrence de “thérapies frontières”. Je conclurai en plaidant pour une kinésithérapie vestibulaire pensée comme poste avancé de la kinésithérapie de demain : acteur de parcours, garant de pertinence, et levier de santé publique.



Dr. Christian CHABBERT: "Rééducation vestibulaire: quel périmètre d'intervention aujourd'hui et demain?"
La rééducation vestibulaire connaît aujourd’hui une transformation majeure. Longtemps centrée sur la compensation des déficits vestibulaires périphériques, elle s’impose désormais comme une approche globale de la médecine de l’équilibre, intégrant les dimensions sensorielles, cognitives et fonctionnelles du contrôle postural. Dans un contexte de vieillissement démographique et de forte prévalence des troubles de l’équilibre, la question du périmètre d’intervention des rééducateurs vestibulairesdevient stratégique pour le système de soins. Cette conférence revient sur le rôle actuel du rééducateur vestibulaire en France et sur les nouveaux challenges auxquels il est confronté : nouveaux champs cliniques, innovations technologiques, ouverture multidisciplinaire des cabinets de soins et couverture territoriale. L’enjeu est clair : structurer une discipline appelée à devenir un pilier de la prise en charge des troubles de l’équilibre et des vertiges.


Dr. Etienne PANCHOUT: "Comment certifier une expertise en kinésithérapie vestibulaire?"

L'évaluation et la certification de l'expertise en kinésithérapie vestibulaire représentent un défi méthodologique. Selon le modèle de développement des compétences de Dreyfus et Dreyfus (1980), l'expertise est le stade ultime où le praticien agit de manière intuitive, fluide et créative face à des situations complexes, percevant des nuances souvent imperceptibles pour d'autres. Toutefois, ce niveau de performance engendre un paradoxe : l'expert agit de manière si instinctive qu'il est souvent incapable d'expliquer clairement son raisonnement. On parle alors de laconisme des experts (Pastré, 2011). Or, dans un cadre professionnel ou institutionnel, la certification exige que l'expert puisse verbaliser et formaliser sa démarche intellectuelle afin de transmettre son savoir et d'expliciter ses règles de décision. Comment alors évaluer objectivement une compétence clinique qui s'exerce en grande partie dans l'incertitude et qui échappe en partie à la conscience de celui qui la possède ? 



M. Thomas DUJARDIN: "Vers une uniformisation des formations?"
La rééducation vestibulaire s'est imposée comme une spécialité incontournable de la kinésithérapie, mais elle souffre aujourd'hui d'une grande hétérogénéité dans ses parcours de formation. Entre l'initiation en formation initiale et surtout la diversité des cursus de formation continue, les compétences acquises par les praticiens varient considérablement. Or, meilleure est la formation du rééducateur, meilleure sera l’efficacité de sa prise en charge. Cette présentation propose d'analyser l'état actuel de l'enseignement de la rééducation vestibulaire en France, afin d'identifier les disparités de contenu et de durée. Nous explorerons la nécessité d'établir un "socle commun de compétences" basé sur l'Evidence-Based Practice (EBP) et sur les recommandations de contenu de formation du CMK. L'objectif est de garantir une prise en charge sécurisée du patient, notamment dans l'identification des "red flags" et la maîtrise des bonnes pratiques thérapeutiques. Nous aborderons également les enjeux de la certification et de la reconnaissance de cette spécificité au sein de notre profession par le CNOMK. Enfin, nous proposerons des pistes pour une architecture de formation uniformisée, alliant théorie fondamentale et pratique clinique supervisée, afin d'offrir aux patients une équité de soins sur l'ensemble du territoire.


M. Sergio AFONSO: "De la pratique salariée innovante à l'intervention critique aux urgences"
L'exercice de la kinésithérapie vestibulaire en milieu hospitalier est souvent perçu à
tort comme une pratique d'exécution contrainte. Cette intervention propose un changement de
perspective radical : le salariat hospitalier (HIA Sainte-Anne) comme écosystème privilégié
pour le déploiement de la pratique avancée et de la recherche clinique. Nous démontrerons
comment l'intégration du kinésithérapeute au sein d'unités fonctionnelles (ORL, Neurologie,
Urgences, Médecine Hyperbare) permet de répondre à des enjeux de santé publique
inaccessibles à la pratique isolée.
Les objectifs de cette présentation sont doubles : illustrer l'expertise opérationnelle en milieux
spécifiques (gestion des naupathies militaires, physiologie de la plongée profonde et accidents
de désaturation en lien avec le caisson hyperbare) ; et objectiver l'impact critique du
kinésithérapeute dans la filière des urgences vertigineuses.
L'intervention s'articulera autour de la présentation en avant-première des résultats de l'étude
VESTIBURG. Cette cohorte quasi-expérimentale (n=98) a évalué l'impact de l'intégration
d'un kinésithérapeute vestibulaire au SAU pour le triage (HINTS, Dix-Hallpike) et le
traitement immédiat ("Test-and-Treat"). Les résultats attestent d'une efficience majeure : une
réduction du temps de passage aux urgences de 138,6 minutes (p<0,001), une diminution de
38,8 % du recours à l'imagerie cérébrale, et une sécurisation totale du retour à domicile avec
0 % de re-consultation à 7 jours (contre 28,6 % en soins usuels). Sur le plan fonctionnel, cette
stratégie active réduit significativement le handicap (DHI) dès la première semaine et
améliore la qualité de vie (SF-36) à 30 jours.
En conclusion, nous défendrons le modèle salarié comme catalyseur d'innovation, permettant
au kinésithérapeute de s'affirmer comme un praticien de premier recours et un chercheur
clinicien, garant d'une prise en charge efficiente, sûre et économiquement pertinente.


M. Sylvain FONTE: "MSP/CPTS, de quoi parle-t-on? Quel intérêt pour l’évolution de notre pratique ?" 

Alors que les pouvoirs publiques poussent au développement de l'exercice coordonné sous toutes ses formes (Maisons et centres de santé, CPTS, ESP-CLAP...), beaucoup se demandent encore quel est l'intérêt pour les kinésithérapeutes d'exercer dans ces structures, et si ce n'est pas une couche administrative supplémentaire inutile?
Des parcours pluriprofessionnels aux protocoles locaux de coopération, en passant par l'accès direct et les parcours de soins renforcés, nous explorerons les opportunités concrètes pour les kinésithérapeutes, et la plue-value pour les patients.


Mme Lucie BENEVENT: "Prise en charge précoce de vertiges positionnels paroxystiques bénins et déficit unilatéraux aigus en cabinet libéral : Intérêt de l'utilisation d'un questionnaire de dépistage rapide téléphonique"

Le VPPB et le DUA nécessitent une prise en charge précoce afin d'optimiser la récupération et de limiter la chronicisation des symptômes. La priorisation des rendez-vous, dès le premier contact téléphonique, constitue alors un enjeu organisationnel et clinique majeur. Dans ce contexte, le questionnaire vestibulaire rapide par téléphone (QVRT) a été conçu en cabinet libéral afin d’aider au repérage précoce des patients susceptibles de présenter un VPPB ou un DUA.
 Cette communication présenterait la démarche de construction du QVRT, fondée sur la littérature et l’expérience clinique d’un kinésithérapeute spécialisé, ainsi que les résultats de sa première évaluation en conditions réelles de pratique libérale. Les performances diagnostiques, les limites observées et les pistes d’amélioration seraient également discutées.
 Ce travail s'est inscrit dans une réflexion plus large sur l’optimisation du parcours de soins et la place du kinésithérapeute dans l’organisation de l’accès aux soins vestibulaires.



Pr. Sébastien SCHMERBER: "Traitement chirurgical de la maladie de Menière invalidante : un changement de paradigme"

Introduction : La maladie de Ménière peut devenir une pathologie lourdement invalidante, notamment par la survenue de crises de Tumarkin (drop-attacks) qui touchent 30 à 50 % des patients. Ces crises représentent un danger permanent, entraînent une perte d'autonomie et augmentent significativement le risque de fractures et de traumatismes crâniens, particulièrement chez les sujets âgés fragiles.
Objectifs :  présenter une stratégie thérapeutique progressive visant à supprimer les vertiges invalidants tout en réhabilitant l'audition et en traitant les acouphènes associés.
Méthodes : Face à l'échec du traitement médical conventionnel (régime, bétahistine, diurétiques) et des procédures conservatrices, la chirurgie destructrice devient nécessaire. La technique mise en avant est la labyrinthectomie chirurgicale couplée à l'implantation cochléaire robotisée. Cette approche est particulièrement indiquée lorsque l'audition résiduelle n'est plus utile ou devient non appareillable en raison d'un recrutement majeur.
Résultats : La labyrinthectomie chirurgicale offre une efficacité comparable à la neurotomie vestibulaire pour stopper les crises, tout en étant une chirurgie extra durale plus aisée. L'étude menée au CHU Grenoble Alpes sur 38 patients montre que les résultats de l'implant cochléaire chez les patients souffrant de la maladie de Ménière sont comparables à ceux de la population standard (scores de reconnaissance monosyllabique et dissyllabique similaires).  L'implantation cochléaire permet également une prise en charge efficace des acouphènes invalidants (critères THI > 50 ou EVA ≥ 6 selon l'indication de 2021).
Conclusion : Le couplage de la labyrinthectomie chirurgicale et de l’implantation cochléaire robotisée permet de réaliser un « coup double » thérapeutique. Cette stratégie s'inscrit dans une démarche de médecine préventive (prévention des chutes et fractures liées aux Tumarkin) et prédictive, offrant une réhabilitation fonctionnelle complète aux patients souffrant de formes chroniques et invalidantes de la maladie de Ménière.



Pr. Nils Guinand: " Implant Vestibulaire : quel avenir ?"

La perte bilatérale de la fonction vestibulaire affecte significativement la fonction de l’équilibre sous de multiples aspects.  En effet, même si chez les patients présentant un déficit vestibulaire bilatéral les symptômes les plus typiques sont l’instabilité posturale chronique et les oscillopsies, une large palette de symptômes, parfois subtils, notamment sur le plan cognitif, peut être observée. L’impact sur la qualité de vie est significatif et malheureusement les mesures thérapeutiques actuellement disponibles restent limitées. L’implant vestibulaire a pour but de restituer la fonction vestibulaire perdue. Un stimulateur d’implant cochléaire modifié avec 3 faisceaux d’électrodes vestibulaires permet de stimuler électriquement les 3 branches ampullaires des nerfs vestibulaires. Un processeur externe traitant l’information de mouvement fournie par un capteur posé sur la tête du patient, permet de moduler la stimulation électrique en fonction des mouvements de la tête. La fonction canalaire peut ainsi être restituée, en tout cas partiellement, de façon unilatérale. On notera que pour être implantée, l’oreille doit être sourde. Le patient bénéficie donc également d’une réhabilitation auditive grâce à la partie cochléaire de l’implant. Il s’agit en fait d’un implant cochléo-vestibulaire. Jusqu’à ce jour notre équipe (Genève en Suisse et Maastricht aux Pays-Bas) a pu montrer des résultats très prometteurs, obtenus pratiquement exclusivement en milieu hospitalier. Pour la première fois un groupe de nos patients avec un déficit vestibulaire bilatéral, porteurs d’un prototype d’implant cochléo-vestibulaire va rentrer à domicile pour une évaluation de l’effet dans la vie de tous les jours sur une période prolongée. 
 

Dr. Arnaud ATTYE: "Nouveaux concepts en imagerie"
L'arrivée de l'intelligence artificielle non supervisée et des modèles de fondation a bouleversé le monde de la radiologie, 10 ans après les premières industrialisations des modèles de segmentation d'imagerie en coupes. Dans cette présentation nous discuterons des cas d'usages de cette nouvelle rupture technologique pour l'exploration des patients avec symptômes vestibulaires, notamment pour la détection des malformations de l'oreille interne ou des conséquences cérébrales des atteintes labyrinthique


Dr. Brahim TIGHILET: "Tanganil : vers de nouvelles perspectives ?"
Les troubles vestibulaires représentent un enjeu croissant de santé publique, avec un impact important sur la qualité de vie, alors même qu’aucun traitement médicamenteux ne s’impose comme pleinement efficace malgré les avancées en neuropharmacologie. Dans ce contexte, le Tanganil (acétylleucine), largement utilisé en pratique, se distingue par des effets cliniques encourageants sur l’équilibre et les symptômes, bien qu’il reste encore peu documenté dans la littérature. Son action reposerait sur la repolarisation des neurones vestibulaires et l’amélioration du métabolisme énergétique, des mécanismes cohérents avec les besoins physiopathologiques. Le manque d’essais cliniques robustes et de données mécanistiques détaillées souligne surtout l’intérêt de poursuivre les recherches, notamment autour de l’inflammation et de la transmission dopaminergique. Ainsi, le Tanganil apparaît comme une option thérapeutique pertinente et prometteuse, dont le potentiel mérite d’être davantage exploré et consolidé.


Dr. Hervé BOZEC: "Sérotonine et système vestibulaire"
La sérotonine est un neurotransmetteur et une hormone. A ce titre, elle a une action cérébrale mais aussi sur le reste du corps. La sérotonine cérébrale a de multiples actions, par le biais de plusieurs récepteurs disséminés à différents endroits du cerveau. Depuis une trentaine d’année, plusieurs publications font état de la présence de la sérotonine et de certains de ses récepteurs au sein des éléments du système vestibulaire : le labyrinthe, le ganglion de Scarpa, les noyaux vestibulaires. Sans compter leur présence dans les structures auxquelles les noyaux vestibulaires sont connectés, notamment les éléments du système limbique. Ces données scientifiques donnent une assise légitime à la prescription de sérotoninergiques chez des patients souffrants de pathologies provoquant des vertiges épisodiques, telles la maladie de Menière ou la migraine vestibulaire. Ce d’autant que ces pathologies induisent une anxiété réactionnelle, pouvant entretenir les processus qui les produisent, et que cette anxiété est souvent sensible aux sérotoninergiques.



Dr Brahim TIGHILET: "Perte vestibulaire : le connectome équilibre–émotion réinventé"
Les troubles vestibulaires ne se limitent pas à un simple déficit de l’équilibre : ils déclenchent une reconfiguration profonde des réseaux cérébraux impliqués dans les émotions et le stress. Cette présentation met en lumière comment une perte vestibulaire périphérique unilatérale agit bien au-delà du système sensorimoteur, en mobilisant des circuits clés reliant tronc cérébral, systèmes monoaminergiques, structures limbiques et hypothalamus.
À partir d’un modèle physiologique de désafférentation progressive, nous montrons que la compensation vestibulaire s’accompagne d’une activation coordonnée des circuits de l’anxiété, avec un rôle central du locus coeruleus comme interface entre adaptation sensorielle et régulation émotionnelle. Cette dynamique s’inscrit dans une plasticité cellulaire et neurogliale marquée, caractérisée par l’implication des astrocytes et de la microglie au sein des réseaux limbiques. En parallèle, la modulation ocytocinergique hypothalamique apparaît comme un mécanisme clé d’adaptation : l’ocytocine y est envisagée comme une hormone anxiolytique endogène, contribuant activement à amortir le stress et à favoriser la réorganisation fonctionnelle des réseaux.
Enfin, nous proposons la modulation histaminergique comme levier intégratif capable de stabiliser ces réseaux distribués. Ces résultats redéfinissent les troubles vestibulaires comme des pathologies multisystémiques et positionnent l’interface vestibulo-limbique comme une cible stratégique pour de nouvelles approches thérapeutiques.


Dr. Christophe LOPEZ: "Amélioration du phénotypage clinique chez les patients PPPD : les troubles du soi corporel" 

Le Persistent Postural-Perceptual Dizziness (PPPD) figure parmi les troubles otoneurologiques chroniques les plus fréquents, touchant 15 à 20 % des adultes consultant dans des centres spécialisés dans les vertiges et les instabilités. Le PPPD survient généralement à la suite de troubles vestibulaires périphériques ou centraux. Cependant, les mécanismes sous-tendant la transition de ces troubles vers une instabilité chronique perçue restent mal compris. Au-delà d’un contrôle postural inadapté et d’une dépendance visuelle, les modèles théoriques impliquent une intégration multisensorielle altérée et une perturbation des processus prédictifs. Ces mécanismes pourraient s’étendre à des troubles du soi corporel, une dimension de plus en plus reconnue dans les troubles neurologiques fonctionnels, mais encore peu explorée dans le PPPD.
Nous avons caractérisé les troubles du soi corporel dans le PPPD en évaluant les symptômes de dépersonnalisation-déréalisation dans une large étude transversale (n = 455), incluant 100 patients atteints de PPPD, 180 patients présentant d’autres troubles otoneurologiques et 175 sujets témoins. Les symptômes de dépersonnalisation-déréalisation ont été mesurés à l’aide de l’échelle de dépersonnalisation de Cambridge (CDS), complétée par des évaluations de l’anxiété, de la dépression (HADS), du handicap lié aux vertiges (DHI) et de la sévérité des symptômes du PPPD (NPQ).
Les patients atteints de PPPD présentaient des scores de dépersonnalisation-déréalisation significativement plus élevés que ceux des autres troubles otoneurologiques et des témoins. Notamment, 20 % des patients PPPD atteignaient le seuil clinique de dépersonnalisation-déréalisation, contre 7,2 % pour les autres troubles otoneurologiques et moins de 1 % pour les témoins. La sévérité de la dépersonnalisation-déréalisation chez les patients PPPD se situait à un niveau comparable à celui observé dans d’autres troubles neurologiques fonctionnels, mais restait inférieure à celui des troubles dissociatifs primaires.
Les analyses factorielles ont identifié trois dimensions de la dépersonnalisation-déréalisation : les Troubles du soi corporel, le Détachement cognitif et affectif, et l’Engourdissement émotionnel. Seuls les Troubles du soi corporel (reflétant des perturbations de la localisation de soi, de l’agentivité, de l’appartenance du corps et de la perspective à la première personne), différenciaient significativement le PPPD des autres troubles otoneurologiques (η² = 0,20, p < 0,001). Cette dimension prédisait le diagnostic de PPPD (odds ratio = 1,40, p < 0,001) et présentait une capacité discriminative significative (AUC = 0,66). Les personnes dans le décile supérieur de la mesure des Troubles du soi corporel avaient un risque près de dix fois plus élevé de présenter un PPPD. Une modélisation par équations structurelles a confirmé un effet direct du PPPD sur les Troubles du soi corporel, partiellement médiatisé par les symptômes dépressifs mais indépendant de l’âge, du sexe, de la migraine et de l’anxiété.
Ces résultats identifient la dépersonnalisation-déréalisation comme une composante jusqu’alors méconnue du phénotype du PPPD et établissent les troubles de l’expérience corporelle comme un nouveau marqueur clinique du PPPD, affinant ainsi le phénotypage et éclairant les modèles physiopathologiques.

 


M. Pierre-Louis CLAVIER:  "Syndrome du Mal de Débarquement : impact des protocoles de stimulation optocinétique avec inclinaison céphalique"
Le syndrome du mal de débarquement se caractérise par une perception persistante de mouvements oscillatoires apparaissant après une exposition prolongée à un mouvement passif. Son diagnostic est essentiellement lié à l’anamnèse et l’histoire de la pathologie ; les explorations cochléo-vestibulaires n’apportant aucun élément diagnostic discriminatoire. Plusieurs hypothèses physiopathologiques ont été proposées, mais à l’heure actuelle, la plus communément admise repose sur une maladaptation du RVO, liée à une modification de l’orthogonalité de ses vecteurs propres par rapport à la gravité. Les thérapeutiques médicamenteuses efficaces sont très limitées. Toutefois, depuis une dizaine d’années, différents groupes de chercheurs ont proposé des protocoles de rééducation vestibulaire visant la réadaptation du RVO. Ces derniers associent une stimulation optocinétique unidirectionnelle à une vitesse comprise entre 5 et 10°/s avec une inclinaison céphalique passive à une fréquence d’environ 2 Hz. Les résultats rapportés sont encourageants, avec une amélioration immédiate postprotocole chez environ 60 à 70 % des patients.  Bien que ces protocoles aient été développés et réalisés en milieu hospitalier sur 5 jours consécutifs, il semble envisageable de les transposer à une pratique en cabinet de ville malgré les contraintes spatiales et temporelles. 


M. Gaël LE PERF: "Le cerveau prédictif, clé du PPPD ?"
Le Persistent Postural-Perceptual Dizziness (PPPD) peut être éclairé par les connaissances récentes sur le fonctionnement cérébral. Cette présentation introduira les principes du codage prédictif et de l’inférence active, selon lesquels le cerveau compare en permanence les retours sensoriels aux prédictions issues d’un modèle interne construit à partir des expériences passées, mais aussi de l’état émotionnel et des pensées du moment.
En situation normale, cette comparaison génère des erreurs de prédiction qui guident l’adaptation des perceptions et des comportements.
Dans le PPPD, ces mécanismes semblent altérés. Quatre processus inadaptés et interdépendants semblent opérer :
(1) une focalisation attentionnelle sur les afférences vestibulaires, renforçant la perception des oscillations posturales ;
(2) des erreurs de prédictions trop strictes, devenant intolérantes aux écarts à la verticale ;
(3) une dépendance visuelle excessive dans les environnements complexes ;
(4) des comportements posturo-moteurs inadaptés (rigidité posturale, réactions posturales excessives) en réponse aux erreurs de prédiction.
Les oscillations posturales physiologiques peuvent alors être interprétées comme une menace, maintenant le système nerveux dans un état d’alerte et perturbant le fonctionnement automatique du contrôle postural.

Ce fonctionnement n’est cependant pas figé. L’éducation, les approches psychocorporelles, la réorientation de l’attention et une alliance thérapeutique solide peuvent contribuer à réduire l’hypervigilance. Des exercices actifs d’équilibre permettant d’explorer de manière sécurisée les oscillations corporelles et les réactions aux erreurs de prédiction, ainsi que des situations écologiques variées, peuvent favoriser la mise à jour du modèle interne et l’adaptation des comportements posturo-moteurs.
Au final, le PPPD peut être compris comme un fonctionnement réversible du système de l’équilibre. Avec une prise en charge adaptée et des expériences progressives, le cerveau peut réapprendre à interpréter correctement les signaux sensoriels, permettant de réduire les symptômes et de retrouver une stabilité durable.


M. Mathieu BERANECK: "Des souris et des hommes, un regard fondamental sur la compensation vestibulaire et les substitutions sensorielles"

La compensation vestibulaire, décrite dès la fin du XIXe siècle, reste un modèle fondamental de la plasticité post-lésionnelle du système nerveux central. Longtemps étudiée chez l’animal à travers des modèles de lésions définitives unilatérales, cette plasticité a révélé une capacité remarquable du système vestibulaire à se réorganiser « du global au local ». Les avancées récentes, notamment grâce à des modèles transitoires et gradés de pertes vestibulaires se rapprochant de cas cliniques, ont ouvert de nouvelles perspectives concernant les seuils fonctionnels de récupération et les substitutions sensorielles mises en jeu lorsque l’oreille interne est partiellement atteinte.


Pr. Pierre DENISE: Vestibule et Impesanteur : "l’adaptation sensorielle en vol spatial"
Lors d’un vol spatial l’impesanteur est à l’origine d’une modifications des messages sensoriels, principalement vestibulaire mais aussi somesthésiques. Ces modifications sensorielles, provoque des conflits sensoriels qui entraînent le mal de l'espace (SMS), une désorientation et des troubles moteurs, tels qu'une altération de la coordination, au cours des premières phases d’un vol spatial. Après une phase d’adaptation sensorielle, la plupart de ces troubles disparaissent. A l’inverse, l’adaptation sensorielle à l’impesanteur signifie qu’au retour sur Terre l’organisme n’est plus habitué aux contraintes de la gravité, ce qui nécessite un processus de réadaptation pouvant durer plusieurs jours. Lors de cet exposé seront exposés les causes, les mécanismes et les conséquences de l’adaptation sensorielle ainsi que les stratégies préventives et les contre-mesures utilisés pour atténuer ces effets d'adaptation.


Pr. Herman KINGMA: "Progrès et perspectives en matière de rééducation vestibulaire"
Il existe des options thérapeutiques bien établies, mais aussi de nouvelles options émergentes, pour les patients présentant des troubles de l'équilibre, des chutes et des scores d'invalidité dus à un dysfonctionnement vestibulaire. La rééducation vestibulaire est le traitement de première intention privilégié ; elle vise à mobiliser les mécanismes d'adaptation et de compensation du cerveau afin d'améliorer l'équilibre et la mobilité et de réduire les chutes. Il existe des preuves modérées à solides indiquant que l'approche classique de la rééducation vestibulaire est sûre et efficace chez de nombreux patients, mais elle n'est malheureusement pas toujours suffisante. D'autres options sont disponibles : la ceinture d'équilibre (une prothèse portée pendant la journée utilisant un retour vibrotactile) et l'implant vestibulaire (un organe d'équilibre artificiel). Cette approche est comparable à la prise en charge de la perte auditive sévère, où la lecture labiale, la langue des signes et les appareils auditifs aident de nombreux patients, mais où des implants cochléaires sont nécessaires dans les cas les plus graves pour permettre aux patients de fonctionner de manière proche ou équivalente à celle des personnes ayant une audition normale. Les résultats de l'implant cochléaire chez les enfants et les adultes malentendants sont impressionnants. Le retour vibrotactile associé à la ceinture d'équilibre donne également des résultats impressionnants chez les patients atteints d'une perte vestibulaire sévère qui ne répondent pas suffisamment à une rééducation classique : la mobilité et l'équilibre s'améliorent et les patients font preuve d'une grande assiduité dans l'utilisation de la ceinture d'équilibre pendant de nombreuses années. À ce jour, aucune nouvelle chute n'a été signalée par les patients utilisant la ceinture. Les enfants présentant une hypofonction vestibulaire bilatérale affichent une prévalence de 81 % de retard de développement moteur, chiffre qui grimpe à 97 % lorsque tous les tests vestibulaires sont anormaux. Une déficience vestibulaire est présente chez 44,4 % des enfants atteints de surdité profonde, avec un retard dans l'atteinte des quatre étapes clés du développement (tenue de la tête, position assise, position debout, marche). Les résultats obtenus avec la ceinture d'équilibre chez de nombreux enfants malentendants implantés d'un implant cochléaire et présentant une perte vestibulaire sévère supplémentaire sont impressionnants : normalisation très rapide du développement moteur avec une réduction rapide des chutes. L'impact de la ceinture d'équilibre sur le syndrome de PPPD, les vertiges résiduels et les troubles de l'équilibre dus à des troubles neurologiques fait actuellement l'objet d'une étude. Le remplacement du labyrinthe vestibulaire défectueux par un labyrinthe artificiel chez l'adulte, à savoir un implant vestibulaire, montre que l'équilibre, la stabilisation de l'image, la perception du mouvement et l'orientation spatiale s'améliorent également.


Pr. Kathleen E. Cullen: "Du codage neuronal aux applications cliniques"
Maintenir une posture verticale sous l'effet constant de la gravité constitue un défi fondamental, mais non trivial, pour le cerveau. Au cours des activités quotidiennes, cela nécessite d'estimer en permanence le mouvement du corps en intégrant les signaux vestibulaires, visuels et proprioceptifs aux commandes motrices. L'un des principaux défis consiste à distinguer les informations sensorielles générées par nos propres actions de celles provenant de l'extérieur — un calcul essentiel pour un contrôle moteur précis et une stabilité perceptive.
Je présenterai les avancées récentes dans notre compréhension de la manière dont le système vestibulaire et le cervelet résolvent ce problème. Nos travaux montrent que le cerveau construit des modèles internes prédictifs du mouvement du corps qui suppriment le retour sensoriel attendu lors des mouvements volontaires tout en préservant la sensibilité aux perturbations inattendues. Des régions distinctes du cervelet apportent des contributions complémentaires, favorisant à la fois un contrôle réflexe flexible et une orientation stable par rapport à la gravité.
Ces principes fournissent un nouveau cadre pour comprendre les troubles vestibulaires. La perte de la fonction vestibulaire altère le retour sensoriel et entraîne des changements compensatoires dans les stratégies de mouvement et d'équilibre. En reliant le codage neuronal au comportement, ces travaux éclairent les approches de rééducation et soutiennent le développement de prothèses vestibulaires biomimétiques de nouvelle génération visant à restaurer la fonction et à améliorer les résultats pour les patients.



Dr. Hervé BOZEC: "Vertiges positionnels : VPPB mais pas que..."
Les vertiges qualifiés de positionnels sont ceux déclenchés par un changement de position de la tête par rapport à la gravité. Les VPPB appartiennent aux vertiges de positionnement (ils apparaissent avec une certaine temporalité) et obéissent à des critères diagnostiques. Si ces critères ne sont pas remplis, on a affaire à des vertiges de position (du seul fait d’une modification de la position de la tête par rapport à la gravité). La première cause de vertiges de position est un dysfonctionnement cérébelleux aboutissant à un défaut de correspondance entre les informations d’origine otolithique (signal de la gravité) et celles d’origine canalaire (signal de déplacement angulaire). L’origine la plus fréquente de ce dysfonctionnement cérébelleux est la migraine vestibulaire. Le traitement de ces vertiges positionnels migraineux est celui de la migraine vestibulaire.


Dr. Michel LACOUR: "VPPB ET FONCTION OTOLITHIQUE
Différents Phénotypes Cliniques et leur Signification Fonctionnelle"
Le système otolithique, le plus ancien des organes vestibulaires apparus dans la lignée phylogénétique, reste à ce jour très peu investigué en clinique de routine. L’équipe MOGA (Make Otoliths Great Again) que nous avons constituée a pour objectif de combler cette lacune en comparant les résultats des tests otolithiques cliniques (Verticale Visuelle Subjective: VVS, contre-torsion oculaire: OCR, potentiels évoqués myogéniques vestibulaires: VEMPs) dans diverses pathologies vestibulaires.
            Cette étude a nécessité le développement d’un système vidéo de mesure de la contre-torsion oculaire (vOCR, Framiral). Nous présentons les 1ers résultats dans une population de 50 patients avec VPPB du canal postérieur avant maneuvre libératoire, qui montrent l’existence de trois phénotypes cliniques différents. 45% des patients présentent une forte asymétrie de l’OCR statique (tête inclinée de 30° à gauche ou à droite), avec réduction de gain côté VPPB et gain normal côté sain (phénotype 1), associée chez 57 % d’entre eux à une déviation ipsilatérale significative (> 2°) de leur VVS. Un pattern inverse, avec gain OCR normal côté VPPB et significativement réduit côté saint est observé chez 30% des patients, dont 30 % présentent également une déviation significative de leur VVS (phénotype 2). Un 3ème groupe de 25% des patients ne montre aucun changement de l’OCR, quel que soit le côté de l’inclinaison statique de la tête, et aucune déviation de la VVS (phénotype 3).
            Nos résultats mettent en évidence trois phénotypes différents dans le VPPB du canal postérieur, suggérant 1) que les otoconies présentes dans le canal proviennent majoritairement de régions différentes de l’utricule (secteur médian pour le phénotype 1, secteur latéral pour le phénotype, et que 2) la masse des otoconies détachées a des répercussions sur la perception de l’orientation gravitaire. Ils soulignent l’intérêt du test de la contre-torsion oculaire en clinique de routine pour l’évaluation de la fonction otolithique, et pour la prédiction de l’évolution post-maneuvre du patient VPPB. Des comparaisons de l’OCR et de la VVS avant/après maneuvre sont en cours, ainsi que  l’enregistrement des VEMPs.


M. Frédéric MARLIERE: "VPPB du canal latéral: et si on en reparlait?"

Le VPPB du canal horizontal pose souvent des problèmes de diagnostic: choix des techniques d’investigation, formes géotropique et agéotropique, identification du canal. 
   A la lumière de la littérature passée et actuelle, on essaiera de comprendre le pourquoi de cette difficulté et de proposer des outils pratiques d’aide au diagnostic. 


M. Christophe PREUILH: "Prise en charge des vertiges d'origine non vestibulaire"
Dyspredictions sensorielles et Dystonies Posturales

Au-delà du vestibule, se présente un cerveau qui passe son temps à interroger tous les organes des sens afin de vérifier si ses prédictions sensorielles sont correctes. Dès lors qu’il existe un écart entre l’attendu et le perçu, le cervelet, co-ordinateur du cerveau, corrige les erreurs visuo -motrices, cinétiques et toniques posturales. 
Quels sont nos outils thérapeutiques pour améliorer un patient qui perçoit un « mal à se tenir debout » face à la répétition de ses dyspredictions sensorielles ?


M. Boris CAPDEVIELLE: "Yogathérapie et vertiges"
Les vertiges représentent un motif fréquent de consultation et peuvent altérer de manière significative l’équilibre, la perception corporelle et la confiance dans le mouvement. Cette présentation explore l’apport de la yogathérapie comme approche complémentaire dans l’accompagnement de patients souffrant de vertiges. En s’appuyant sur l’expérience du yogathérapeute, des postures (asanas) simples et adaptées, guidées par un souffle confortable, peuvent être proposées afin de soutenir la stabilité, la conscience corporelle et la relation au mouvement. Des études récentes suggèrent que la pratique du yoga peut contribuer à améliorer l’équilibre, réduire les symptômes de vertige et favoriser la qualité de vie des patients. Cette approche vise également à favoriser un mieux-être global, souvent ressenti par les patients à l’issue des séances. Elle s’inscrit dans une démarche complémentaire à la prise en charge médicale, réalisée avec validation du médecin et dans le respect des contre-indications liées aux différentes causes de vertige.


M. Alexandre DAMARY:"Apport de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) dans la rééducation du PPPD"
Vivre quotidiennement avec une pathologie chronique comme le PPPD provoque de l’anxiété, de la peur du mouvement et del’évitement des situations augmentant les symptômes. Ces réactions psychologiques constituent de véritables facteurs de maintien. Elles entrainent une altération de la qualité de vie et une restriction des activités sociales et des loisirs. 
La rééducation vestibulaire constitue un pilier fondamental de la prise en charge. Toutefois, son efficacité est souvent limitée lorsque les exercices sont réalisés sans réelle adhésion du patient et sans exposition graduée aux situations redoutées. Les TCC font partie des recommandations actuelles. 
L’ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement) est issue des TCC. Elle représente une approche innovante, prometteuse et particulièrement adaptée aux troubles chroniques et fonctionnels. Elle peut être intégrée à la kinésithérapie afin de favoriser l’engagement actif dans la rééducation, malgré les inconforts, en orientant les comportements vers des actions ayant du sens pour le patient. 
Appuyée sur un cas clinique et des outils pratiques cette conférence illustrera comment l’ACT constitue un levier thérapeutique d’avenir pour la kinésithérapie dans la prise en charge des vertiges chroniques.



 M. Quentin LEGOIS: "Au-delà des oVEMP et cVEMP: intérêt des VEMP du masseter dans la déhiscence du canal semi-circulaire supérieur"
Introduction : La déhiscence du canal semi-circulaire supérieur est une pathologie de l’oreille interne dont l’exploration repose notamment sur les potentiels évoqués myogéniques vestibulaires cervicaux (cVEMP) et oculaires (oVEMP). Cependant, leur recueil peut parfois être difficile en pratique clinique. Les VEMP du muscle masséter (mVEMP) constituent une alternative potentielle encore peu étudiée.
Objectif : Évaluer la fiabilité et la reproductibilité des mVEMP dans l’exploration de la déhiscence du canal semi-circulaire supérieur, et analyser l’existence d’une asymétrie d’amplitude entre oreilles saines et oreilles déhiscentes.
Méthodes : Une étude prospective a été menée chez 16 patients présentant une déhiscence unilatérale du canal semi-circulaire supérieur. Chaque patient a bénéficié d’un enregistrement des cVEMP, oVEMP et mVEMP. Les amplitudes ont été comparées entre l’oreille saine et l’oreille atteinte.
Résultats : Une asymétrie d’amplitude en faveur des oreilles déhiscentes a été observée pour les mVEMP. Toutefois, cette asymétrie apparaît moins marquée que celle retrouvée avec les cVEMP et oVEMP.
Conclusion : Les mVEMP pourraient constituer un outil complémentaire dans l’exploration de la déhiscence du canal semi-circulaire supérieur. Néanmoins, les cVEMP et oVEMP demeurent les examens de référence."


M. Vincent LAGADEC: "Phénomènes d'adaptation à l'instabilité du regard et stratégies de rééducation dans les déficits vestibulaires unilatéraux"

Lors de déficits vestibulaires, l’atteinte de la voie vestibulo-oculaire provoque une instabilité du regard, en particulier lors des mouvements rapides de tête. Ma thèse porte sur les stratégies oculomotrices de stabilisation du regard lors de ces mouvements rapides et la possibilité des faire évoluer ces stratégies. A terme l’idée est de pouvoir proposer des axes de rééducation susceptibles de diminuer le handicap des patients. Ce travail est structuré autour de plusieurs projets, en particulier le projet KINE’HIT, un protocole de rééducation précoce post-déficit vestibulaire en aveugle contre placebo. D’autres projets portent sur différents paradigmes de manipulations de l’information visuelle pour identifier (projet CS-TRIGGER) et/ou modifier (projet VIVRA) certaines des réponses oculomotrices qui ont lieu pendant ces mouvements de tête rapides."


Mme Alba LANGLADE: "Le vieillissement vestibulaire vu à travers les réponses oculomotrices induites par stimulation galvanique vestibulaire"

La stimulation galvanique vestibulaire (SGV) permet d’explorer le fonctionnement du système vestibulaire en activant artificiellement les afférences vestibulaires, induisant des réponses oculaires, posturales et perceptives (Marchand, Langlade, Legois et al., 2025). La configuration la plus utilisée est la stimulation bilatérale bipolaire (électrodes sur les mastoïdes), qui produit un pattern oculomoteur caractéristique comprenant une torsion oculaire vers l’anode, une déviation verticale et un faible mouvement horizontal des yeux à l’opposé de la cathode (Séverac Cauquil et al., 2003). Une configuration moins étudiée est la SGV binaurale monopolaire, dans laquelle des polarités identiques sont appliquées sur les deux mastoïdes. Cette configuration induit des réponses posturales dans le plan antéro-postérieur (Séverac Cauquil et al., 2000), et des travaux récents ont également mis en évidence un réseau cortical spécifique (Aedo-Jury et al., 2020; Marchand et al., 2025). Toutefois, ses effets oculomoteurs restent peu décrits. Cette question est d’autant plus pertinente dans le contexte du vieillissement qui affecte le système vestibulaire, notamment par une dégénérescence progressive des cellules ciliées (Allen et al., 2017). Peu d’études ont examiné l’évolution des réponses oculaires induites par SGV avec l’âge. Jahn et collaborateurs ont décrit une évolution en U inversé des réponses torsionnelles avec l’âge en montage binaural bipolaire, suggérant l’existence de mécanismes compensatoires.

Dans ce contexte, cette étude vise (1) à caractériser les réponses oculaires induites par SGV en montage binaural monopolaire et (2) à examiner l’effet du vieillissement sur ces réponses.
La SGV a été appliquée via des électrodes placées sur les mastoïdes et sur C7 sous forme d’impulsions de 1,8 s à trois intensités (0,8 ; 1,2 ; 1,6 mA). Les mouvements binoculaires ont été enregistrés à 1000 Hz. Les participants (N = 54) ont été répartis en quatre groupes d’âge : 18–30 ans (N = 17), 30–45 ans (N = 11), 45–60 ans (N = 15) et 60–80 ans (N = 11). Les analyses montrent des mouvements oculaires verticaux conjugués dont la direction dépend de la configuration de stimulation : la stimulation cathodale induit des mouvements vers le bas, tandis que la stimulation anodale induit des mouvements vers le haut, et ce dans tous les groupes d’âge. Les analyses statistiques (ANOVA à mesures répétées) révèlent un effet significatif de la configuration de stimulation (F(1,47)=7.93, p=.007), sans effet significatif du groupe d’âge (F(3,47)=0.86, p>.05).
Bien que nécessitant l’acquisition de données supplémentaires dans 2 groupes d’âge, les résultats montrent que la SGV binaurale monopolaire induit des réponses oculomotrices verticales systématiques dans le plan antéro-postérieur, compatibles avec les effets posturaux déjà décrits, et constitue un outil prometteur pour explorer les mécanismes vestibulaires et leurs modifications liées au vieillissement.

 

Mme Gabrielle YU: "Caractérisation de la perte vestibulaire dans les syndrome vestibulaire unilatéral"
Contexte : Proposer une définition de la sévérité de la perte du réflexe vestibulo-oculaire (RVO) de façon objective, et compréhensible par le patient, est crucial pour garantir l’adhérence thérapeutique.
Objectif : Développer et valider en interne un modèle pronostique simple de la récupération du RVO basé sur des tests utilisés en routine.
Méthodes : Nous avons analysé les gains au vHIT de patients présentant un déficit unilatéral aigu (DUA), évalués prospectivement en phase aigue et chronique. Un modèle PROBIT multivarié a été développé et validé en interne par bootstrap, afin de proposer un index de la sévérité de la perte vestibulaire, basé sur la probabilité de récupération en phase chronique.
Résultats : Le modèle final a montré une bonne discrimination (AUC 0,81) avec une calibration satisfaisante (score de Brier 0,15). Des seuils cliniquement pertinents ont permis de définir des catégories de perte vestibulaire sévère, modérée et légère, associées à des probabilités de récupération distinctes.
Conclusion : Un modèle pronostique basé sur le vHIT peut être dérivé de données cliniques de routine et pourrait aider à stratifier précocement les patients après un DUA afin d’adapter le suivi et la rééducation.



M. Adrien JURANVILLE: "Profil sensoriel, réflexe vestibulo-oculaire et capacité fonctionnelle chez les personnes âgées en bonne santé : une étude transversale."

Introduction : Les chutes constituent un enjeu majeur de santé publique chez la personne âgée. Le contrôle postural repose sur l’intégration des informations visuelles, somesthésiques et vestibulaires. La contribution de ces entrées sensorielles à la régulation du contrôle postural varie d’un individu à l’autre et définit son « profil sensoriel ». Un déficit vestibulaire, même subclinique, pourrait altérer la stabilité posturale dans certaines conditions sensorielles spécifiques.
Objectif : Cette étude vise à analyser l’association entre la qualité du réflexe vestibulo-oculaire (RVO), le contrôle postural et les capacités fonctionnelles chez des sujets âgés sains.
Méthode : Trente participants âgés de 65 à 85 ans (âge moyen : 75 ans), recrutés dans l’agglomération de Montbéliard, ont été inclus. Les capacités fonctionnelles ont été mesurées à l’aide du test de marche sur 10 mètres (TM10), du Timed Up and Go (TUG) et du Functional Reach Test (FRT).
 La fonction vestibulaire a été évaluée par le vHIT, permettant la mesure du gain du RVO des six canaux semi-circulaires. Les gains ont été synthétisés sous forme de scores composites droit et gauche (Score Composite Droit : SCD ; Score Composite Gauche : SCG). Le contrôle postural a été évalué à l’aide du m-CTSIB, composé de quatre conditions sensorielles standard, auxquelles a été ajoutée une condition expérimentale en extension cervicale (condition 5). Les tests ont été réalisés sur une plateforme de stabilométrie. Le critère principal d’analyse était le score composite (SC) calculé sur la base des scores obtenus aux tests fonctionnels : SC = (zTM10 + zFRT − zTUG) / 3. Un modèle de régression linéaire sera utilisé afin de déterminer l’influence des performances vestibulaires (SCD et SCG) et des performances posturales (m-CTSIB) sur les capacités fonctionnelles des sujets.
 Résultats attendus : Nous postulons que les capacités fonctionnelles sont principalement déterminées par la condition 4 du MCT-SIB, à savoir la dépendance visuo-podale. Lorsque les sujets présentent des difficultés pour compenser le manque (ou la distorsion) d’information visuelles et proprioceptives podales, cela se traduirait par une altération des capacités fonctionnelles. Nous pensons que cela se produit indépendamment des scores vestibulaires (SCD + SCG). 
 Discussion : Cette étude pourrait contribuer à une meilleure caractérisation des profils sensoriels chez le sujet âgé sain. Une meilleure compréhension de ces profils pourrait permettre d’orienter plus précisément les stratégies de rééducation et les interventions de prévention des chutes.

 

Dr. Christian VAN NECHEL: "De la rhétorique des explorations au silence de la conscience"
La rhétorique est l'art de bien dire pour persuader mais au risque de quelquefois leurrer. 
Et nos explorations vestibulaires, ou les analyses que nous en faisons, ne sont-elles pas quelquefois trompeuses ? Il y a des patients avec déficit vestibulaire (progressif ou chronique) sans symptômes vestibulaires et des patients symptomatiques sans déficit objectivable. Il est donc requis de prendre en compte les mécanismes de l'émergence de sensations à la conscience et de réinterroger l'analyse des explorations vestibulaires. 
Ces analyses en logique binaire : déficit présent ou absent, ne devraient-elle pas faire appel à la logique floue, ouverte à des paramètres multiples et parfois contradictoires.
Elle est aussi plus proche du fonctionnement cérébral probabiliste et prédictif, appelant pour comparaisons des modèles internes, filtres des informations non pertinentes, sièges de l'habituation et arbitres de l'émergence de sensations conscientes : les symptômes. Rendre nos patients asymptomatiques, objectif de la rééducation, donc revenir à une conscience
silencieuse réclame de minimiser les erreurs de prédictions. Il y a certes parfois des résistances à actualiser les modèles internes sans quoi tous nos patients seraient asymptomatiques ou stoïciens. Mais reste encore la disposition de la conscience à conformer les sensations et actions aux prédictions, modèle de compréhension de maladies fonctionnelles, dont le PPPD, mais aussi potentielle ressource thérapeutique ?